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Vivre à Tahiti sous la menace des cyclones


Nous avons la chance d’accueillir aujourd’hui un article de Nicolas Bastien, du blog Efficacité familiale.

Nicolas vit à Tahiti depuis 8 ans, et en tant qu’ancien ingénieur militaire, puis chef de projet, c’est quelqu’un de méthodique et organisé. C’est pourquoi, vivant dans un endroit à risque cyclonique, il a pris le temps de bien réfléchir à tout ce que cela impliquait.
Il nous livre ici le fruit de ses réflexions et recherches sur le sujet :

En quittant l’île de Tahiti, le grand navigateur Bougainville écrivait dans son journal : « La nature l’a placée dans le plus beau climat de l’univers, embellie des plus riants aspects, enrichie de tous ses dons, couverte d’habitants beaux, grands, forts. ».

Il est vrai que Tahiti et les 118 îles de la Polynésie française ont de quoi faire rêver même si j’ai déjà insisté sur la difficulté à s’y installer compte tenu du coût exorbitant de la vie.

Il y a toutefois un caprice de la nature avec lequel il faut composer quand on vit dans cette partie du monde : les cyclones (encore appelés « ouragans »). Six mois dans l’année à partir du mois novembre, la Polynésie, mais également la Nouvelle-Calédonie et l’île de la Réunion entrent officiellement en période de « veille cyclonique » : on se prépare à un éventuel cyclone.

Un cyclone c’est quoi exactement ?

La définition courte d’un cyclone est « phénomène tourbillonnaire violent de 500 à 1000 km de diamètre ». Plus concrètement, il s’agit de vents très violents de plus de 100 km/h qui s’enroulent autour d’un « œil » qui est un mur cylindrique de nuages (cumulonimbus) de 12 à 15 km de hauteur situé au centre du cyclone.

Vivre à Tahiti sous la menace des cyclones
Image par WikiImages de Pixabay

L’« œil du cyclone», c’est ce trou que l’on voit au milieu de la photo. Il fait 30 à 60 km de diamètre. À sa proximité immédiate, les vents sont hyperviolents : ils peuvent atteindre 300 km/h et sont dévastateurs. Je me souviens encore d’un cyclone, que j’ai vécu étant jeune en Nouvelle-Calédonie, au cours duquel j’ai eu la frayeur de voir une énorme branche frôler ma fenêtre, emportée comme un fétu de paille !

Mais en réalité, plus que les branches, ce sont les tôles ondulées arrachées des habitations qui sont les plus dangereuses, car elles peuvent facilement décapiter un homme et faire de gros dégâts.

L’œil se déplace lentement, à 20-30 km/h, et quand vous rentrez dedans, tout s’arrête brutalement : plus de vent, plus de pluie, plus de bruit, une chaleur humide et écrasante… À ce moment-là, on comprend vraiment l’expression « être dans l’œil du cyclone » ! Évidemment, cette accalmie n’est que temporaire (malheur à ceux qui l’oublient !) et, au bout d’une heure, les vents se remettent à souffler violemment, mais dans l’autre sens cette fois-ci !

Un cyclone va continuer à souffler pendant quelques heures ou quelques jours en fonction de sa vitesse et de sa trajectoire de déplacement. Puis il va quitter la zone et aller embêter quelqu’un d’autre en se renforçant ou au contraire en s’affaiblissant. Sa « durée de vie » sera très variable, de quelques jours à un mois entier.

Vivre à Tahiti sous la menace des cyclones

Cette photo illustre le parcours meurtrier du célèbre cyclone Katrina. Depuis sa naissance le 23 aout 2005 dans les Bahamas jusqu’à sa disparition au Québec le 31 aout en passant par la ville de la Nouvelle-Orléans où il fit près de 1800 morts le 29 aout.

Le plus dangereux dans un cyclone n’est pas le vent

On pense toujours que les plus gros dégâts causés par un cyclone viennent du vent mais en réalité, la plupart des morts sont causés à un autre phénomène : la « marée de tempête » (encore appelée « onde de tempête »). Un cyclone est en effet un phénomène météorologique dépressionnaire c’est-à-dire que la pression atmosphérique chute brutalement pendant un cyclone. En conséquence, le niveau de la mer monte brutalement et les habitations au bord de l’eau (et leurs habitants) sont alors sérieusement menacées.

En 1899, la surélévation du niveau de la mer a atteint 13m en Australie (ouragan Bathurst Bay) et en 1900, le phénomène de marée de tempête a causé plus de 6000 morts à Gavelston au Texas ! Lors du cyclone Katrina, les digues de protection de la Nouvelle-Orléans n’ont pas été suffisantes pour faire face à une élévation du niveau de la mer de plus de 6 mètres !

A ce phénomène meurtrier s’ajoute des pluies diluviennes qui provoquent éboulements et inondations ainsi qu’un violent ressac qui se déclenche avant l’arrivée du cyclone, alors qu’il fait encore beau, et qui piège les navigateurs imprudents.

Ne croyez pas que les cyclones soient un phénomène rare : en moyenne, on en compte 80 par an dans le monde ! Sur les 2 siècles écoulés, la Polynésie française a été frappée en moyenne une fois tous les 4 ans. Le dernier cyclone s’appelait Oly et a frappé en 2010.

Vivre à Tahiti sous la menace des cyclones
Les différentes catégories de cyclone

La plupart des cyclones sont de catégorie 1 et ne font pas de gros dégâts mais on compte un nombre non négligeable de cyclones de catégories supérieures qui peuvent être meurtriers.

Comment se protéger face à un cyclone ?

En période de veille cyclonique de novembre à avril, les autorités affichent chaque jour une couleur de niveau d’alerte cyclonique :

Quand c’est blanc, c’est que tout va bien et qu’il n’y a pas de menace dans les 72 heures.

Quand le stade jaune est déclenché, c’est qu’un cyclone est possible dans les 72 heures.

Quand c’est orange, on n’est plus qu’à 48 heures et ça commence à sérieusement s’énerver.

Au stade rouge, on prévient la population de se préparer pour un cyclone dans les 12 à 18 heures. Et c’est la ruée dans les supermarchés.

A chaque stade, les habitants doivent prendre certaines précautions qui sont résumées dans un petit livret rédigé en français et en tahitien et distribué à la population :

Vivre à Tahiti sous la menace des cyclones

Dès le stade blanc (heu, orange clair sur le livret !), il est demandé aux habitants de mettre en place une réserve alimentaire pour tenir en autonomie pendant environ 1 semaine.

Un cyclone ne dure généralement pas aussi longtemps mais une fois qu’il est passé, les routes sont impraticables, les fils électriques pendouillent dangereusement et les blessés saturent les services d’urgence. Il est donc demandé à la population de rester confiné encore quelques jours au cours d’un dernier stade, de couleur violette, appelé « stade de sauvegarde ».

Aujourd’hui, on ne peut pas vraiment dire qu’on vive dans la peur des cyclones en Polynésie Française. Notre dernier cyclone remonte à 10 ans et la vigilance de la population a largement eu le temps de s’émousser. Mais chaque mois de novembre, quand débute la période cyclonique, une question se met à tourner dans les conversations : « tu crois qu’il y’en aura un cette année ? ». On vous dira ça.

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One Comment

  • Bernard

    Article très intéressant qui permet de relativiser la notion de période cyclonique….
    Merci pour ces explications et ces commentaires

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